GEOTROPIQUES
Université de Paris X
Espaces, territoires et identités en Afrique du Sud et en Inde
.Etude comparative
Projet de recherche
Responsables
- en France :
Philippe GERVAIS-LAMBONY, maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre (laboratoire Géotropiques), et Groupe de Recherche Afrique australe (CNRS, GDR 846).
Frédéric LANDY, maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre (laboratoire Géotropiques), et Centre d'Etudes de l'Inde et de l'Asie du Sud (URA 118, CNRS-EHESS).
- en Afrique du Sud : Sue PARNELL, professeur, Département de Géographie, Université du Cap.
- en Inde : M.A. KALAM, associate professor, Département d’Anthropologie, Université de Madras.
Calendrier :
Recherches de terrain : 1998-2000.
Colloque et publication en 2001.
FINANCEMENTS PRESSENTIS :
Laboratoire Géotropiques (Université de Paris X-Nanterre), Institut Français d’Afrique du Sud (Johannesburg), Centre de Sciences Humaines (New Delhi), Institut Français de Pondichery.
Budget global recherché : 400 000 FF sur trois ans.
PARTICIPANTS :
En fonction des thèmes et terrains retenus, l'équipe de chercheurs a été conçue de façon à réaliser un équilibre entre chercheurs seniors, jeunes docteurs et doctorants. L'autre objectif était que le nombre de chercheurs impliqués soit faible, condition essentielle d'une part pour permettre de véritables échanges à l'intérieur de l'équipe, d'autre part pour laisser le plus de place possible dans le projet aux chercheurs sud-africains et indiens.
Chercheurs sud-africains et indiens :
— Afrique du Sud : Prof. Simon BEKKER (Université de Stellenbosch, département de sociologie) ; Prof. Anthony CHRISTOPHER (Université de Port Elisabeth, département de géographie) ; Dr. Meschack KHOSA (Centre for African Research, Durban) ; Dr. Brij MAHARAJ (Université de Durban-Westville) ; Prof. Sue PARNELL (Université du Cap, département de géographie).
— Inde : Prof. Suranjan DAS (Univ. de Calcutta) ; Prof. Atiya HABEEB (Université de Jawaharlal Nehru, Centre for the Study of Regional Development, New Delhi) ; Dr. M.A. KALAM (Univ. de Madras, département d’anthropologie) ; M.SUHAIL (Islamiah College, Vaniyambadi).
Chercheurs français :
Véronique DUPONT (ORSTOM), Philippe GERVAIS-LAMBONY (Univ. de Paris X-Nanterre), Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH (Univ. de Paris IV), Loraine KENNEDY (UMR REGARDS, ORSTOM-CNRS), Frédéric LANDY (Univ. de Paris X-Nanterre).
Doctorants : Claire BENIT (Univ. de Paris VIII), Ivor CHIPKIN (ENS Cachan-Univ. du Witwatersrand), François-Xavier FAUVELLE (Univ. de Paris I), Corinne GIRON (Univ. de Paris IV-Institut Français de Pondichéry), Hélène MAINET (Univ. de Paris X), Sophie OLDFIELD (Univ. du Cap), Mlle TANUJA (Univ. de Madras).
PROBLEMATIQUE
— Un objectif formel : contribuer à décloisonner la recherche sur les pays du Sud.
La réflexion sur les pays du Sud (et notamment la recherche dite " tropicaliste " pour ce qui concerne la géographie) reste, malgré les efforts, trop compartimentée par continent : réseaux, traditions scientifiques et souvent même problématiques et méthodes de travail diffèrent encore. Le projet vise, à travers une recherche fondée sur une thématique commune claire à participer à un décloisonnement, en l’occurrence entre indianistes et africanistes. Le présent projet est né de discussions ouvertes et nous sommes convaincus que la confrontation de nos expériences et recherches sera fructueuse pour les deux communautés.
Par ailleurs, ce projet a aussi été défini de façon à éviter une autre forme de cloisonnement, thématique celui-là : ni urbain, ni rural, les recherches porteront sur les territoires (compris ici au sens d'espaces appropriés et porteurs d'une référence identitaire) à différentes échelles.
— Un objectif théorique général : mener une démarche comparatiste
L'Afrique du Sud et l'Inde sont deux puissances régionales en devenir, leurs évolutions sont essentielles à l'échelle de leur continent respectif. Néanmoins, les deux pays sont caractérisés par une fragilité interne liée au sous-développement d'une partie de leur espace national et de leur population, ainsi qu'à de profondes fractures politiques et culturelles. Mais notre comparaison n'est pas tant justifiée par ces points communs que par des différences entre les occurrences de la ségrégation et du partage territorial dans les deux pays : notre hypothèse est que, parce qu'elles sont différentes, la confrontation et la mise en perspective des deux situations nous aidera à dégager le général du particulier. Ceci ne retire rien à l'importance, dans notre perspective, des liens entre les deux pays. Outre de fortes relations économiques et politiques entre deux puissances de l'Océan Indien, l'existence d'une forte communauté d'origine indienne en Afrique du Sud est un fait important. En effet sa particularité est de s'être constituée depuis le début du siècle en une communauté structurée et relativement unie, à partir de groupes à l'origine très divers (castes variées, origines régionales et religions différentes…). Ces liens expliquent l'intérêt des communautés scientifiques indienne et sud-africaine l'une pour l'autre, et donc le bon fonctionnement que l'on peut espérer pour ce projet.
— Un objectif scientifique de fond : mieux comprendre les liens entre les différentes formes de ségrégation (à différentes échelles) et la constitution de territoires
Le contexte géo-politique international d’une part, l’état de la recherche française en sciences humaines et plus spécifiquement en géographie d’autre part, justifient le thème de recherche retenu : dans la plupart des régions du monde se pose aujourd’hui la question des territoires et des identités. Les divers phénomènes liés à la globalisation, et donc à ce qui est parfois identifié comme une crise des Etats-nations, semblent avoir pour échos des repositionnements identitaires à des échelles plus grandes, régionales, voire locales. Ceci se traduit par la multiplication des formes ségrégatives, souvent traduites dans l'espace, et qui ne concernent pas seulement les quartiers intouchables en Inde ou les ex-bantoustans en Afrique du Sud. Ces phénomènes appellent à une réflexion scientifique dans laquelle la géographie n’a pas encore trouvé sa juste place alors même que les outils élaborés dans le cadre de la réflexion sur l’espace par cette discipline pourraient trouver des applications nouvelles en tentant de répondre à deux questions générales : comment se traduisent dans l'espace les repositionnements identitaires actuels ? Comment est utilisé l'espace pour renforcer et justifier les appartenances identitaires ou au contraire les atténuer ? En d'autres termes, notre interrogation porte sur les processus de transformation des espaces en territoires.
Société et territoire en Afrique du Sud et en Inde : des logiques opposées ?
La politique qui est actuellement conduite en Afrique du Sud vise à favoriser la construction d’une nation sud-africaine sur les ruines d’un système ségrégatif passé fondé sur les divisions " raciales ". L'Inde est aussi caractérisée par des structures sociales ségrégatives souvent hiérarchisées qui constituent l'un des obstacles à surmonter pour passer d'un " Etat-civilisation " composite à une " Etat-nation " véritable. Mais les territoires indiens et sud-africains diffèrent fortement.
L’Afrique du Sud est un pays où les rapports entre espaces et cultures ont toujours été forts parce que l’espace y a été sciemment utilisé pour imposer une culture dominante (d’origine européenne) et en définir d’autres, dominées (africaines ou plus généralement non-blanches). Cette politique raciste s’appelait l’apartheid et elle s’est poursuivie jusqu’en 1994, faisant de l’Afrique du Sud un cas unique au moins de deux points de vue : le racisme y était inscrit dans la loi et le partage, très inégal, de l’espace national était strictement fondé à toutes les échelles sur des soi-disant appartenances raciales et ethniques. Mais cette spécificité forte de l’Afrique du Sud est en train de s’estomper : l’apartheid n’est plus et les lignes de partage qui traversent la société tendent à se rapprocher de ce que l’on connaît ailleurs. Il n’en reste pas moins que l’héritage spatial de l’ancien régime amène les nouvelles autorités à continuer d’utiliser les limites territoriales comme outil politique et social : en effet, un des aspects fondamental de l’héritage est la transformation des espaces en territoires à la fois raciaux et ethniques (notamment les anciens bantoustans). Or la mise en place toute récente de nouvelles limites administratives, à toutes les échelles, vise à effacer les traces du passé pour permettre l’édification d’une société plus unie censée se fondre dans le creuset de la nouvelle nation sud-africaine : reconstruction des identités et réorganisation de l’espace semblent ici aller de pair. Ce processus est d'autant plus complexe que la ségrégation raciale systématique a longtemps occulté les autres fractures sociales et spatiales de la société sud-africaine dont les limites ne sont pas raciales mais fondées sur les inégalités socio-économiques, linguistiques, ethniques, religieuses et politiques.
L’objet de la présente recherche, dans son versant sud-africain, est d’analyser les effets des nouveaux découpages et l’usage fait par les différentes communautés des références territoriales. La problématique est fondée sur des constatations simples : une recomposition territoriale est en cours en Afrique du Sud et chaque communauté tend à se redéfinir en fonction des nouveaux territoires et à se servir de son identité pour appuyer des revendications souvent spatiales. Comment et pourquoi ?
Le versant indien du projet servira de référent : on a affaire en Inde à une société elle aussi fragmentée, mais les lignes de partage sont autres. Outre les facteurs socio-économiques classiques, on peut distinguer en Inde trois facteurs de segmentation : la religion, avec notamment l'existence d'une forte minorité musulmane dans un pays à 82 % hindou ; le système des castes, qui définit héréditairement des groupes selon une hiérarchie de prétendue pureté ; l'origine régionale enfin, qui, soutenue avant tout par les contrastes linguistiques, a présidé au découpage territorial en 25 Etats (bientôt davantage ?), et peut donner lieu à des dérives xénophobes opposant les " fils du sol " aux immigrés venus d'autres régions de l'Inde. Le pouvoir législatif relativement important laissé par la Constitution aux Etats de l’Union vient renforcer l’enjeu de cette question. Ces trois systèmes et la hiérarchie socio-économique se chevauchent, donnant à la société indienne sa complexité puisque selon les régions et les groupes sociaux certains facteurs sont plus importants que d’autres. En outre la situation est dynamique : c'est aussi en fonction des évolutions politiques que tel ou tel système prend ou perd de l'importance.
On peut donc distinguer clairement territoires sud-africains et territoires indiens : l’Afrique du Sud s’est vue imposer sous l’apartheid une hiérarchisation raciale de sa population et une territorialisation systématique des différents groupes ; en Inde la territorialisation a toujours été plus floue et moins volontariste. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne le système des castes : d'une part il n'existe pas pour les milliers de castes de hiérarchie pan-indienne (il n'est de caste que régionale), d'autre part la définition des castes n'est jamais strictement spatiale étant donné que pour fonctionner ce système social nécessitait traditionnellement la coexistence sur un même espace de castes complémentaires. Le système des castes n'implique une ségrégation spatiale qu’à l'échelle locale, voire micro-locale. Enfin, il faut rappeler que, loin de toujours signifier repli, la caste peut parfois transcender les frontières des Etats (cas des Jats dans le Nord de l’Inde).
D’aucuns ajouteront qu’une différence cruciale entre la ségrégation selon la " race " et celle selon la caste vient de ce que la " race " interdit tout anonymat, en milieu urbain comme en milieu rural, étant donné que les différences de couleur de peau ou de traits sont plus nettes entre les différentes ethnies sud-africaines qu’entre les différentes castes ou religions en Inde. En cela, l’urbanisation et le développement économique seraient un facteur anti-discriminant beaucoup plus actif en Inde qu’en Afrique du Sud. Cette hypothèse doit cependant être validée : car on sait que certains groupes coloured sud-africains ne peuvent se distinguer des blancs, alors que certains groupes indiens définis par leur identité culturelle ont aussi des particularités physiques les désignant, même en ville.
Dans les deux pays les clivages anciens sont officiellement en cours d'effacement par le biais des politiques d'" intégration nationale " : affirmative action (mesures en faveur des non-blancs en Afrique du Sud, des ex-intouchables, tribus et basses castes en Inde) et politiques de développement économique des régions les plus pauvres. De plus, en Afrique du Sud les différents groupes raciaux sont réunis à l'intérieur de frontières politico-administratives internes censées avoir des vertus unificatrices (provinces ou Etats, aire métropolitaines, autorités locales, circonscriptions…), et en Inde le rédécoupage des Etats sur une base linguistique n’a pas éteint l’ambition de voir l’Inde " séculariste " triompher des Indes " communalistes ". Mais les résultats de ces politiques ne sont pas toujours ceux escomptés et, dans les faits, elles provoquent souvent l'apparition de nouvelles fractures (entre régions ou internes aux régions, mais aussi entre communautés). C'est surtout sur l'analyse de ces phénomènes que porteront nos recherches car ils nous semblent symptomatiques d'un usage problématique des découpages spatiaux.
Mise en œuvre et méthode
Il ne s’agit pas de proposer une recherche générale sur les deux pays mais de mener de front la réalisation d’un état des lieux sur la question des territoires à partir de la littérature scientifique existante et la production, sur des terrains précis, d'une recherche originale.
Trois thèmes complémentaires ont été retenus : les régions, les villes, les minorités. Ces thèmes permettent d'envisager la question des territoires à différentes échelles et de comparer leurs significations et leurs fonctions. Le principe de travail sur ces différents thèmes est d’associer à chaque fois un chercheur local et un chercheur français aux travaux de terrain de façon à s’assurer une réelle collaboration internationale. Il s’agit aussi de s’assurer de l’interdisciplinarité de la recherche puisque sont impliqués, outre des géographes, des sociologues, des historiens et des économistes. Il est enfin prévu pour s’assurer de la dimension comparative de la recherche le financement de missions croisées Inde/Afrique du Sud.
I. Découpages et enchevêtrements territoriaux à l'échelle régionale :
Participants : Anthony Christopher, Suranjan Das, Philippe Gervais-Lambony, Corinne Giron, Meshack Khosa.
(Détail des projets en annexe).
La question des pouvoirs des régions, de la centralisation politique ou du fédéralisme, est, dans l'Union Indienne comme dans la République d'Afrique du Sud, un enjeu majeur. Dans notre perspective cette question est centrale. Dans bien des cas c’est par la référence à la région politique et économique que tendent à être gommés les clivages anciens : la région peut donc être à la fois un territoire en tant que tel et un facteur (ou outil) pour dépasser et unifier des territoires et des communautés. Mais elle peut se révéler aussi facteur de séparatisme si elle est porteuse de forte identité.
Ce qui, en Inde comme en Afrique du Sud, pose question est l'enchevêtrement des limites territoriales sur un même espace : d'une part les limites anciennes laissent des traces malgré les réformes (il y a stratification des territoires), d'autre part, au même moment, différents groupes tentent de faire admettre leur territoire (il y a concomitance de différents territoires). Les référents identitaires possibles sont donc multiples, ce qui place chaque individu, pouvoir ou communauté devant un choix permanent. On verra que la même difficulté se retrouve en outre à toutes les échelles : individuelle, locale, régionale, nationale. En l'occurrence, ce que nous cherchons à déterminer par cette étude est le processus (ou les processus) présidant à la mise en place des référents identitaires territoriaux et ce qui assure, à tel moment, pour telle raison et pour telle communauté, la prééminence d'une référence territoriale sur une autre.
Ces questions seront étudiées sur quatre terrains : les provinces du Nord et du Cap de l’Est en Afrique du Sud, l'Assam et la trouée de Palghat en Inde. Il s'agit des deux provinces les plus pauvres d'Afrique du Sud et aussi des plus territorialement complexes (car intégrant chacune plusieurs anciens bantoustans) et de deux régions (de dimension inégale) de l'Union Indienne ayant connu une stratification de populations diverses sur un même espace mais par la suite des évolutions différentes : dans la trouée de Palghat, la mise en place d'une " territorialité partagée " relativement harmonieuse, en Assam, au contraire, la transformation du territoire en enjeu éminemment conflictuel. Dans les quatre cas, en outre, les flux et mouvements de population d'origines diverses sont complexes et entraînent des recompositions territoriales permanentes. La méthode d'enquête sera d'aborder ces questions sous deux angles : celui des autorités régionales et de leurs politiques et représentations d'une part, celui des différentes communautés et de leurs stratégies et représentations d'autre part.
II. Villes et territoires
Participants : Simon Bekker, Claire Bénit, Ivor Chipkin, Véronique Dupont, Myriam Houssay-Holzschuch, Sue Parnell.
(Détail des projets en annexe).
Les villes semblent partout être à la fois des lieux de dilution partielle des identités régionales et locales dans un creuset commun que l’on appelera la société urbaine, et des lieux d’intense territorialisation à l’echelle locale voire micro-locale.
1. Formes et mécanismes de ségrégation résidentielle :
En plus des modes classiques de ségrégation socio-économique, il existe dans les villes de l’Inde et de l’Afrique du Sud des critères fondés sur l’ethnie, la caste ou la religion relativement codifiés qui jouent un rôle dans l’organisation de l’espace. Aborder les différents mécanismes de ségrégation dans les deux pays supposera donc de comprendre à quelle échelle interviennent les phénomènes ségrégatifs, à quels facteurs ils sont liés, et dans quelle mesure ils peuvent autoriser des quartiers " mixtes " quant à l’ethnie, la caste ou la religion (greying areas sud-africaines).
Dans quelle mesure la ville permet-elle la constitution de nouvelles identités ? L’urbanisation constitue-t-elle un moyen d’échapper à la caste villageoise et à l’ethnicité du homeland, par la grâce d’une certaine mixité culturelle, d’une ascension socio-économique, du relatif anonymat urbain ? A l’inverse, quels sont les facteurs prévalents de regroupement résidentiel : par caste, par origine régionale, par classe socio-économique ?
L’échelle des ségrégation devra également être mise en lumière : si le système des castes ne produit des différentiations spatiales qu’à l’échelle locale ou micro-locale comme celle du segment de rue, doit-on encore parler de ségrégation ? On se demandera dans quelle mesure cette " micro-ségrégation " peut engendrer injustices sociales, déterminisme spatial, et conflits territoriaux (cf. par exemple le rôle de l’espace dans les conflits à couleur ethnique entre les hostels et les townships en Afrique du Sud).
2. Pouvoirs publics et identités urbaines
Un deuxième point commun entre cas indien et cas sud-africain correspond à l’existence de puissants pouvoirs publics et d’une volonté au moins officielle d’effacer les divisions. Cela peut prendre la forme de redistribution des ressources fiscales à l’échelle métropolitaine (Afrique du Sud) ou de discrimination positive en faveur de certains groupes ou espaces.
Les rapports entre gouvernement métropolitain et système urbain expliquent largement les limites spatiales attribuées à la métropole, en ce qu’ils supposent une conception implicite de la ville et des objectifs en terme de redistribution des ressources et de croissance urbaine. Quant aux frontières municipales internes à la métropole, elles peuvent traduire des identités territoriales, mais être le lieu d’une intégration volontariste autant que servir de chambres d’écho à des représentants locaux " communautaires " (caste, religion ou ethnie). Comment équilibrer le souci de démocratie locale, qui donne la parole à des besoins locaux et différenciés, et l’intervention de l’Etat ?
3. Identité urbaine, identité rurale
Les urbanisations sud-africaines et indiennes sont toutes deux caractérisées par le maintien de liens durables entre les nouveaux arrivants et leur origine rurale. Même si les niveaux d’urbanisation ne sont pas comparables (26 % de la population en Inde contre 56 % en Afrique du Sud), les deux pays contiennent de denses réseaux urbains et des agglomérations de taille considérable. Et l’on trouve dans les deux cas un certain rejet de la ville et de l’urbanisation : " l’Inde des villes " est jugée selon la tradition gandhienne comme une " création étrangère ", par opposition à " l’Inde des villages " jugée comme seule authentique. De même, l’urbanisation des " noirs " sud-africains fut considérée comme menant à leur " détribalisation ", et donc à la perte de leur identité. On peut se demander si ceci n’est pas l’une des causes expliquant les formes fort développées de migrations temporaires vers la ville, de ces " migrations circulaires " qui en Afrique du Sud furent encouragées par l’apartheid.
Au delà de ces représentations de la ville comme le lieu des identités perdues, des liens sociaux rompus, de la misère et de l’insécurité, il faudra considérer la façon dont est concrètement gérée l’urbanisation par la caste, le village, la famille. Il faudra également aborder la manière dont les migrants sont reçus en ville et s’y installent, ainsi que le degré d’élasticité de leurs relations avec le lieu d’origine. On saura alors si ces migrations circulaires ne correspondent qu’à un simple stade au long d’un classique processus d’urbanisation, ou si elles indiquent plutôt un nouveau type d’urbanisation lié à une " crise " de la ville, espace de travail temporaire mais non espace de vie familiale.
III. " Minorités " et territoires
Participants : Simon Bekker, François-Xavier Fauvelle, Atiya Habeeb, M.A. Kalam, Loraine Kennedy, Frédéric Landy, Brij Maharaj, Hélène Mainet, Mlle Tanuja.
(Détail des projets en annexe).
Le discours dominant en Afrique du Sud et en Inde qualifie de " minorités " certains groupes sans considérer combien ce statut peut masquer une situation " majoritaire " à des échelles plus locales, et sans chercher à savoir dans quelle mesure ces groupes se reconnaissent dans cette dénomination. Il faut dans ce domaine être d’autant plus prudent que durant l’apartheid l’Afrique du Sud manipula politiquement les identités de façon particulièrement pernicieuse. Notre hypothèse : l’évaluation de ces identités, plus complexes qu’on ne veut bien le dire, peut être abordée par l’étude des processus de construction de leurs territoires. Y a-t-il correspondance entre la situation socio-politique souvent difficile de ces groupes et leur situation dans l’espace ? Il semble que bien des revendications politiques passent par des revendications territoriales, et que les différentes façons dont les " minorités " perçoivent leur espace - et en jouent - correspondent souvent à différentes définitions identitaires. Peut-on pour autant affirmer qu’une minorité repliée sur son territoire (type ghetto) a moins de revendications politiques, sociales ou économiques qu’une minorité dont le territoire est plus vaste et diffus ? Qu’à un type identitaire correspond un type de territoire ?
Une première approche, à l’échelle régionale, tentera de mesurer de façon dynamique, en tenant compte des éventuelles ruptures de l’histoire, la cohésion ou au contraire la fragmentation des minorités : en somme la façon dont le " sens communautaire " réagit, en se délitant ou en se renforçant, face aux rigidités spatiales, aux pressions des autres groupes et aux évolutions politiques. L’identité est toujours contextuelle ; discours et pratiques en portent le reflet. On se gardera également de tout déterminisme ethnique ou communautaire, en posant la question des caractéristiques socio-économiques de ces groupes (musulmans du Nord de l’Inde souvent pauvres et analphabètes) qui peuvent parfois expliquer leurs démarches politiques ou identitaires. Les " Indiens " du Kwazulu-Natal et les Coloured de l'Ouest de l'Afrique du Sud, les " musulmans " du Nord ou du Sud de l’Inde sont autant de catégories dont il faudra définir la validité : on pourra comparer pour ces quatre groupes l’échelle spatiale en deçà de laquelle ils se trouvent majoritaires, la désagrégation ou le renforcement d’une identité dont certains éléments ne sont peut-être que des artefacts nés d’une vision purement administrative, ou encore le développement de réseaux qui peuvent permettre de repousser les limites d’un territoire en apparence exigu. Un bon exemple en est le devenir des Indiens sud-africains, tiraillés entre leur appartenance à la nation arc-en-ciel, leur identité religieuse qui peut les intégrer dans des réseaux internationaux (cas des musulmans en cours d’arabisation linguistique), et leur identité ethnique (relation plus ou moins estompée à l’Inde de leurs ancêtres).
Une deuxième approche, à l’échelle des agglomérations urbaines cette fois, comparera la situation des minorités citadines dans les deux pays, en prenant en compte les dimensions historiques et institutionnelles. Pour les musulmans de Lucknow ou de Firozabad (Inde) aussi bien que pour les Indiens de Durban (Afrique du Sud), se posent les questions de la place de la minorité dans la ville, de son rôle économique, de ses relations avec les autres minorités ou avec la majorité de la population. Des relations qui, tant en Inde qu'en Afrique du Sud, sont conditionnées par de fortes rigidités idéologiques et culturelles (système des castes, legs de l’apartheid...).
La question des relations entre les groupes peut enfin être abordée au niveau de la gestion de l’espace local. Dans tous les lieux où existe une minorité forte et active, les manifestations, les processions, et a fortiori les émeutes, donnent souvent lieu à des transgressions des limites spatiales où vivent les différents groupes. Ces transgressions expriment des attentes et des revendications plus ou moins tacites, et révèlent une représentation parfois conflictuelle de l'espace vécu. On pourra comparer les Coloured du Cap, les Indiens de Durban (RSA) et les Musulmans de l’Avadh et du Rohilkhand (Inde) - sans toutefois oublier que la vallée de la Palar (Inde du Sud) offre un exemple de gestion consensuelle de l’espace local : les relations inter-communautaires y restent relativement bonnes en dépit des actuelles recompositions sociales aptes à mettre en cause le statu quo ante, et malgré une ambiance nationale qui a tendance à accentuer les tensions inter-communautaires.
CALENDRIER ET BUDGET DETAILLES
Si le projet obtient le soutien des différentes institutions sollicitées, nous estimons pouvoir proposer à chaque chercheur le financement de missions sur deux ans. Le coût d’une mission d’un mois est estimé, tant pour l’Inde que l’Afrique du Sud à 12 000 francs français.
Détail des financements demandés :
Laboratoire Géotropiques, Paris X : 60 000 FF sur trois ans (20 000 FF obtenus pour 1998).
IFAS : 120 000 FF sur trois ans (40 000 FF 1999 (obtenu), 40 000 FF 2000, 40 000 FF 2001).
CSH de New Delhi : 80 000 FF (20 000 FF 1999, 30 000 FF 2000, 30 000 FF 2001).
Institut Français de Pondichery : 80 000 FF (20 000 FF 1999, 30 000 FF 2000, 30 000 FF 2001).
Université de Paris X-Nanterre : invitations des partenaires indiens et sud-africains en France (Deux invitations obtenues pour 1998-99)
Maison des Sciences de l’Homme : invitations des partenaires indiens et sud-africains en France.
Université du Cap, Université de Stellenbosch : Invitation de chercheurs français, appui logistique.
Institutions indiennes : appui logistique.
Détail du calendrier
1998 :
Invitation à l'Université de Paris X de Atiya Habeeb.
1999 :
Missions de Frédéric Landy et Philippe Gervais-Lambony en Afrique du Sud : 20 000 FF.
6 missions de chercheurs français en Inde et Afrique du Sud : 72 000 FF.
Invitation à l'Université de Stellenbosch d'un chercheur français.
Invitation à l'Université de Paris X de Brij Maharaj.
Invitation à la MSH d'un chercheur sud-africain.
1 mission de chercheur sud-africain en Inde, 1 mission de chercheur indien en Afrique du Sud. 24 000 FF.
Financement sur place des équipes locales : 16 000 FF.
2000 :
6 missions de chercheurs français en Inde et Afrique du Sud : 72 000 FF.
Invitation à l'Université du Cap d'un chercheur français.
Invitation à l'Université de Paris X d'un chercheur sud-africain.
Invitation à la MSH d'un chercheur indien.
1 mission de chercheur sud-africain en Inde, 1 mission de chercheur indien en Afrique du Sud : 26 000 FF.
Financement sur place des équipes locales : 16 000 FF.
2001 :
— Juillet : Organisation d’un colloque international présentant les résultats du projet. Reste à déterminer le lieu (France, Inde, Afrique du Sud). Coût : 100 000 FF.
— Janvier : finalisation de la publication. Frais de traduction et subvention (d’autres financements seront recherchés pour couvrir ces coûts : 50 000 FF).
ANNEXE
THEME 1. Découpages et enchevêtrements territoriaux à l'échelle régionale
Projet 1.
Le cas des nouvelles provinces d'Afrique du Sud. Province du Nord et Cap de l'Est, quelle intégration territoriale et identitaire ?
Philippe GERVAIS-LAMBONY, Anthony CHRISTOPHER, Meshack KHOSA
Problématique générale et enjeu
La question des pouvoirs des régions, de la centralisation politique ou du fédéralisme, est, dans la République d'Afrique du Sud, un enjeu majeur. Dans notre perspective cette question est centrale. Dans bien des cas c’est par la référence à la région politique et économique que tendent à être gommés les clivages anciens : la région peut donc être à la fois un territoire en tant que tel et un facteur (ou outil) pour dépasser et unifier des territoires et des communautés. Mais elle peut se révéler aussi facteur de séparatisme si elle est porteuse de forte identité.
Ce qui pose question est l'enchevêtrement des limites territoriales sur un même espace : d'une part les limites anciennes laissent des traces malgré les réformes (il y a stratification des territoires), d'autre part, au même moment, différents groupes tentent de faire admettre leur territoire (il y a concomitance de différents territoires). Les référents identitaires possibles sont donc multiples, ce qui place chaque individu, pouvoir ou communauté devant un choix permanent. Ce que nous cherchons à déterminer par cette étude est le processus (ou les processus) présidant à la mise en place des référents identitaires territoriaux et ce qui assure, à tel moment, pour telle raison et pour telle communauté, la prééminence d'une référence territoriale sur une autre.
Les enjeux de cette recherche sont très actuels et essentiels pour l'avenir du pays. En effet, on peut penser que la spécificité forte de l’Afrique du Sud est en train de s’estomper : l’apartheid n’est plus et les lignes de partage qui traversent la société tendent à se rapprocher de ce que l’on connaît ailleurs. Il n’en reste pas moins que l’héritage spatial de l’ancien régime amène les nouvelles autorités à continuer d’utiliser les limites territoriales comme outil politique et social : en effet, un des aspects fondamental de l’héritage est la transformation des espaces en territoires à la fois raciaux et ethniques. Or la mise en place toute récente de nouvelles limites, à toutes les échelles, vise à effacer les traces du passé pour permettre l’édification d’une société plus unie censée se fondre dans le creuset de la nouvelle nation sud-africaine : reconstruction des identités et réorganisation de l’espace semblent ici aller de pair.
Les terrains
Ces questions seront étudiées sur deux terrains : les provinces du Nord et du Cap de l’Est. Il s'agit des deux provinces les plus pauvres d'Afrique du Sud et aussi des plus territorialement complexes. pour mieux faire comprendre quels questions se posent on peut évoquer ici rapidement le cas de la Province du Nord.
Dans cette jeune province, issue de la partition de l'ancien Transvaal et située à l'extrême nord de l'Afrique du Sud, un parti politique venda a été crée début 1998. Les Venda sont un groupe ethnique (de la famille linguistique shona) dont l'ancien bantoustan (le Venda) a été inclu dans la nouvelle province du Nord (qui comprend aussi les anciens Lebowa et Gazankulu) dans laquelle ils sont minoritaires. A l’intérieur d’une même province les clivages ethniques subsistent donc ou du moins sont encore manipulables. Le Lebowa, bantoustan attribué aux Sotho du Nord, comptait environ 2,8 millions d’habitants, le Gazankulu, attribué aux Shangaan, à peu près 0,9 million, alors que le Venda n’en aurait compté que 0,6 millions. Mais ce dernier était le seul des trois territoires à être " indépendant " (depuis 1979) et pas " autonome " : s’y étaient donc constituées une classe politique et une fonction publique proportionnellement très importantes (aujourd’hui en position de faiblesse) et s'y était bien établie l’habitude de gérer un territoire propre. Par ailleurs la population était, comparativement à celle des autres bantoustans, relativement prospère car le Venda était le seul bantoustan dans lequel une activité agricole en partie commerciale s’était maintenue malgré tout. Enfin, le royaume du Venda a été le dernier conquis par les Européens en 1898. Une série de facteurs, politiques, économiques et historiques, explique donc les revendications actuelles et que l’on en revienne, ce qui est inquiétant, à des références identitaires ethniques manipulées par des privilégiés de l’ancien régime. Ces références se sont révélées à partir des années 1960, quand le gouvernement de Pretoria imposa des frontières entre territoires Shangaan, Venda et Sotho du Nord. A partir de là, ces groupes qui avaient coéxisté durant souvent un siècle entrèrent en conflit pour l'accès à un territoire et des ressources et aussi pour résister aux déplacements de population imposés par la politique des bantoustans et d'ethnic consolidation (remembrement ethnique). Des milliers de personnes furent déplacées, surtout beaucoup de Shangaan hors du homeland Venda : ces derniers étaient considérés par les autres groupes comme favorisés par Pretoria. Avec l'imposition de frontières sont donc réveillées des consciences ethniques et apparaissent des tensions. Il n'est pas étonnant qu'il en aille de même aujourd'hui avec la mise en place des nouvelles frontières provinciales.
Le cas du Cap de l'Est n'est pas moins édifiant. Intégrant deux anciens bantoustans Xhosa (Ciskei et Transkei), une partie du très afrikaner Petit Karoo et la région plus urbanisée et anglophone de Port Elisabeth ainsi que le " corridor blanc d'East London ", la province du Cap de l'Est est aussi une véritable marquetterie territoriale. Depuis quatre ans un différent frontalier oppose les provinces du Kwazulu-Natal et du Cap de l’Est à propos de la région de l’Umzimkulu. Ce territoire peuplé de Xhosa est enclavé dans le Kwazulu-Natal mais sa population ne veut pas y être intégrée : deux provinces ethniquement homogènes (en ce qui concerne les ethnies africaines) s’affrontent donc, allant ainsi bien au-delà des souhaits du gouvernement central en matière d'indentification provinciale.
La méthode et les objets de recherche
Finalement on distinguera trois objets de recherche : les frontières passées et présentes, les nouvelles autorités locales, les populations. Ceci explique que nous aurons trois approches de terrain différentes.
Une étude historique utilisera les archives existantes pour faire le point, sur les actuels territoires des deux provinces étudiées, sur les frontières anciennes et de leurs fondements. Il s'agit de comprendre les différents référents identitaires possibles et la construction historique l'espace provincial.
Les autorités provinciales seront étudiées dans leur structure et leur fonctionnement. Les enquêtes se feront surtout par interviews individuels.
Des enquêtes par interviews seront enfin menées auprès des populations de certains secteurs. Nous prévoyons les enquêtes auprès des populations suivantes : population urbaine de Port Elisabeth et population rurale du Ciskei dans le Cap de l'Est, population urbaine de Pietersburg et population rurale du Venda dans le cas de la Province du Nord. Si, dans un deuxième temps, des moyens plus importants sont disponibles nous pourrons étendre le même type d'enquêtes à d'autres secteurs des deux provinces.
Enfin, dans chaque province, des cas précis révélateurs seront étudiés, il s'agit des suivants : le conflit frontalier de l'Umzimkulu, le conflit frontalier de Bushbuckbridge, le cas du Venda.
Nos trois approches seront menées en parallèle avec des enquêtes en Union indienne sur les mêmes thèmes par une équipe partenaire. Les informations recueillies seront régulièrement échangées de façon à ce que les deux terrains soient des référents l'un pour l'autre.
Calendrier et budget
— Mission Ph. Gervais-Lambony, juillet-août 1999, Pretoria (ministères), Le Cap (archives), Cap de l'Est. Travail d'archive sur les deux provinces, mise au point des questionnaires, lancement des enquêtes sur le Cap de l'Est.
Billet d'avion : 5 000 francs
Frais de terrain : 5 000 francs.
— Chercheur enquêteur, Cap de l'Est (université de Port Elisabeth) : 5 000 francs.
— Mission Ph. Gervais-Lambony, juillet-août 2000, Pretoria (ministères), Province du Nord (Pietersburg, Tohoyandhu). Lancement des enquêtes sur la province du Nord.
Billet d'avion : 5 000 francs.
Frais de terrain : 5 000 francs.
— Chercheur enquêteur, Province du Nord (université du Nord) : 5 000 francs.
— Chercheur enquêteur, Cap de l'Est (université de Port Elisabeth) : 5 000 francs.
— Chercheur enquêteur, Kwazulu-Natal, enquête sur l'Umzimkhulu (CART) : 5 000 francs.
— Echanges inter-universitaires dans le cadre du projet (durées : 1 mois chacun) :
Invitation d'un universitaire indien par l'Université de Port Elisabeth (fin 1999) ;
Invitation en Inde du Professeur A. Christopher (2000) ;
Invitation en France (Université de Paris X-Nanterre) du Dr. M. Khosa (2000).
Orientation bibliographique
BEKKER Simon, éd – Ethnicity and Identity, Durban, 1997, Indicator SA, 183 pages.
CHRISTOPHER A.J. — " Divide and rule " — the impress of British separation policies, in Area, vol 20, n°3, 1988, pp.233-240.
CHRISTOPHER A.J. — Post-apartheid South Africa and the Nation-Sate, in LEMON Anthony (éd) — The Geography of Change in South Africa, New-York, Wiley, 1995, pp.3-17.
CLAUDE N. — Kokstad’s threatening Border War, in Kwazulu-Natal Briefing, n°8, Helen Suzman Fondation, 1997, pp 20-28.
DE VILLIERS Bertus et SINDANE Jabu (éds) — Regionalism. Problems and prospects, Pretoria, HSRC, 1993, 203 pages.
DRUMMOND J. — Reincorporating the bantustans into South Africa : the question of Bophuthatswana, in Geography, vol 76, n°4, pp.369-373.
FOUCHER Michel— Fronts et frontières. Un tour du monde géopolitique, Paris, Fayard, 1991 (2ème édition), 612 pages.
FOX Roddy — Regional proposals : their constitutional and geographical significance, in LEMON Anthony (éd) — The Geography of Change in South Africa, Wiley, New-York, 1995, pp.19-41.
FRIEDMAN Steven et HUMPHRIES Richard (éds) — Federalism and its foes, Johannesburg, Center for Policy Studies, 1992, 260 pages.
GERVAIS-LAMBONY Marie-Anne — Découpage régional, pouvoirs provinciaux, pouvoir central, in Hérodote, n° 82/83, La Découverte, Paris, 1996, pp.61-78.
GERVAIS-LAMBONY Philippe (éd.) — Les nouveaux territoires sud-africains, numéro spécial de la revue Géographie et cultures, décembre 1998, Paris, l'Harmattan.
GERVAIS-LAMBONY Philippe — L’Afrique du Sud et les Etats voisins, Paris, Armand Colin, collection U Géographie, 1997, 244 pages.
GRIGGS Richard — Cultural Faultlines, South Africa's new provincial boundaries, in Indicator SA, Vol 13, n°1, Durban, 1995, pp 7-12.
HUMPHRIES Richard et RAPOO Thabo, éds — Governing the provinces, Johannesburg, 1994, Center for Policy Studies, 198 pages
JAMES E. — A question of ethnicity : Nzudundza village in a Lebowa village, in Journal of Southern African Studies, vol 16, n°1, 1990, pp.33-54.
MARE G. — Brothers born of warrior blood : politics and ethnicity in South Africa, Johannesburg, Ravan Press, 1992.
PORTEILLA Raphaël — Le Nouvel Etat Sud-Africain. Des Bantoustans aux Provinces. 1948-1997, Paris, L'Harmattan, 1998, 516 pages.
POSEL Deborah — The making of apartheid, 1948-1961, Conflict and Compromise, Clarendon Paperbacks, Oxford, 1991, 297 pages.
Projet 2.Une territorialité partagée ? La région de Palakkad au Kérala
Chercheur : Corinne Giron.
Chercheurs partenaires : Philippe Gervais-Lambony, Anthony Christopher, Meshack Khosa.
Principale voie de passage entre le Kérala et le Tamil Nadu, la région de Palakkad (Palghat) accueille depuis plusieurs siècles une population d'origine géographique (Kérala, Tamil Nadu, Karnataka, Andhra Pradesh) et de religion variées (hindous, musulmans, chrétiens). Est-il possible ici de parler d'une territorialité partagée plutôt que d'une juxtaposition de territoires propres à chaque communauté ?
C'est au travers de deux thèmes principaux que la questions sera analysée:
- Identités et espaces de références, afin de définir comment les différentes communautés donnent un sens à ce qui les entoure, mais aussi de quelle façon le contexte intervient dans ce processus.
- Contact culturel et territorialité, ou comment interagissent les différents niveaux d'identité et l'espace environnant.
BUDGET :
Deux assistants: 4 000/mois x 2 = 8 000 Rs
Traduction ouvrages en malayalam ou en tamoul : 10 000 Rs
Livres, documentations diverses: 10 000 Rs
Pellicules diapo + développement, K7 audio: 15 000 Rs
Logement, nourriture (pour 3, avec les assistants): 30 000
Déplacements: 15 000 Rs
Billets d'avion AR Paris-Bombay-Paris et Bombay-Coimbatore-Bombay.
Total= 88 000 Rs + billets d'avion.
Projet 3. Logiques territoriales emboîtées de l’Assam
Chercheur : Suranjan Das.
Chercheurs partenaires : Philippe Gervais-Lambony, Meshack Khosa, Anthony Christopher.
Tribus des montagnes et tribus des plaines, hindous, ex-animistes et immigrés musulmans de l’actuel Bangla-Desh, compétitions pour les terres agricoles, le thé et le pétrole, autant de vagues de peuplement et de rapports à des territoires qui s’interpénèrent.
Budget : à préciser.
THEME 2 : Villes et territoires
Projet 1: La réorganisation des territoires métropolitains et les nouveaux référents territoriaux en ville.
1.a. Le cas du Witwatersrand : l’espace urbain comme transformateur social
Chercheurs : Claire Bénit et Ivor Chipkin.
Chercheur partenaire : Véronique Dupont.
En partant de l'hypothèse que la ville est en un sens le lieu d'émergence de nouvelles identités sociales, nous souhaitons comparer les effets de l'urbanisation sur des migrants issus du monde rural. Il s'agit de retracer précisément les trajectoires personnelles et familiales de ces migrants - migration temporaire ou définitive vers la ville - pour évaluer dans quelle mesure ce critère affecte les formes et l'étendue des liens sociaux qu'ils mettent en place, et qui en retour témoignent de nouvelles identités. A Delhi, par exemple, nous analyserons dans quelle mesure l'urbanisation a permis le dépassement des identités régionales, de religion ou de caste, à travers des critères tels que la construction ou l'absence de liens familiaux stables et durables dans la ville, le choix du lieu d'habitat, l'implication ou non dans la vie politique et sociale locale. En Afrique du Sud, dans la région du Witwatersrand, nous nous demanderons si les liens familiaux ou sexuels construits dans la ville sont le moyen ou le reflet d’un dépassement des identités ethniques ou même raciales. En d'autres termes, la ville comme complexe socio-spatial est-elle un déterminant majeur dans les relations sociales ? Quels sont les effets, sur les relations sociales et les identités, de la proximité physique et de la densité dans un contexte de diversité sociale, que seule la ville semble permettre ?
Notre recherche s'appuiera initialement sur des entretiens menés avec des migrants issus de contextes sociaux ou régionaux comparables, mais qui ont établi différents types de liens familiaux et/ou se sont installés dans différents quartiers de la ville. Nous tenterons de mesurer comment ces facteurs (famille, lieu d'habitat) ont influencé la nature, la forme et l'intensité des relations sociales dans la ville, et d'évaluer leur extension spatiale comme indicateur de nouvelles formes d'interactions sociales et de nouvelles identités.
Nous posons l'hypothèse que l'urbanisation proprement dite ne dépend pas tant de la durée du séjour en ville que du type de liens sociaux, familiaux et sexuels établis dans la ville, du lieu de résidence et sans doute du type d'activité économique entreprise par le migrant. A cet égard, son attitude peut osciller entre deux extrêmes :
le migrant vit et travaille en ville mais conserve et fait vivre un ménage rural ou non-urbain ;
le migrant construit un nouveau ménage dans la ville, qui conduit à l'affaiblissement des liens avec son lieu d’origine.
C’est entre ces deux pôles que nous aurons à situer les personnes interviewées. La question portera alors sur le lien entre ce choix et l'importance dans la ségrégation résidentielle de la caste et de la religion en Inde, de l'ethnie et de la " race " en Afrique du Sud.
THEME 2 : Villes et territoires
1.b. Le cas du Cap: territoires et identités post-apartheid
Chercheurs : Sue Parnell, Sophie Oldfield et Myriam Houssay-Holzschuch.
Chercheurs partenaires : Véronique Dupont, X, Delhi.
1. Focus: "Greying" areas. Conceptually, we would like to focus on three themes, so-to-speak, in terms of 'greying' or change.
A. race, particularly residential transformations relative to Group Area demarcations and post-apartheid racial/social identities. Each case study chosen thus highlights some type of racial residential change.
B. class, forms of socio-economic differentiation. Case studies examine a range of income areas to track and analyse class and connections to identity issues and to neighbourhood.
C. urbanization, the nature and experience of urbanism/suburbanism. Case studies are in a range of urban/suburban and peri-urban areas (within metro boudaries obviously) to focus on different types of experiences of the 'urban' and to understand continuum within metro boundaries of relationship between so-called 'urban' and 'rural'.
2. Case studies
We would like to analyse these themes both as independent of and linked to local authority/metropolitan boundaries/transformation. This connection could structure our case study area choices. Particularly, we want to choose one case study in each Cape Town substructure. So, although the case studies are thematically chosen according to our interests in understanding 'greying' (race/class/urban change), we can also comparatively assess the different types of relationships between areas/communities and new local authorities and the ways in which local authorities are transforming their work in relation to segregatory practices and legacies.
So, we propose the following case studies:
— Oostenburg Substructure (eastern): Scottsdene/Wallacedence. Informal, ex-Coloured area, with predominantly (newly arrived) African informal area. Peri-urban edge.
— Tygerburg Substructure: Delft South, Coloured/African, subsidy-based housing etc...
— Cape Town Substructure (central):
As the Central substructure is very complex and offers different kind of situations, we suggest that more than one case studie would be useful.
- Woodstock or Salt River: old neighbourhoods, close to the center, where the greying occured in the 1980s and where crime is now very high (to be compared with Yeoville and Hillbrow).
- Mowbray or Wynberg in the Southern Suburbs: traditionnally Coloured area, proclaimed White under the GAA, studied by Western in 1981. Are they an important destination for Coloured families moving inside the city?
- Pinelands: ex-white area with movement in of high-income African, Indian, Coloured families.
— Helderburg Substructure: Blue Downs/Macassar area. Coloured Area with movement of African upwardly mobile.
— Blouberg Substructure (northern): new area west of Blouberg Rise/northern Milnerton: new area north of previously white suburbs, but middle-low income housing. Very typical suburban development.
— South Peninsula (southern): Retreat - LakeSide area: ex-coloured group area, but movement of whites into new developments on edges (developments on Spoornet land along railway line).
We propose for 1999 to do two pilot case studies where we test run our hypotheses linking race, class, and urban social change and where we tease out both the methods and the ways in which we want to write up the research and connect with the larger research project itself. We propose that the case studies we choose be based in a new development (post-1994/post GAA) and in an ex-group area so that we capture/link with the dynamics of new developments/urbanisation and new residential movements as well as race/class/neighbourhood transitions. We also want to have the two pilot case studies in separate local authorities as we think this type of comparative base in regard to urban governance will be both interesting in terms of connecting up quite divergent literatures academically and also relevant for policy analysis here.
As we have already worked in areas where Coloured and African mixing occurs, we propose to study first Pinelands and Blouberg, two former White areas. This would allow us to know more about the reactions of the White population and the greying processes in formerly White area which are, to our knowledge, less known. The findings of this pilot study would be summarized in a first article.We would also be able to see the evolution of African/Coloured mixed areas in the long run.
3. Methods
Although we would want the thrust of the research to be qualitatively conducted, a layer of baseline quantitative data (socio-economic and demographic) should be included, primarily in mapped form (using, for instance, georeferenced data from the Cape Metropolitan Council and 1997 aerial photographys (1:2000) of case study areas). Then, we would want to focus on qualitative semi-structured and unstructured interviews with residents, community organisations, land and housing developers and real estate agents, and local authority officials and councillors. Data will be collected from these individuals and organizations and from primary and secondary contemporary and archival documents, particularly, the 1996 and older census, local authority records (archived and contemporary), the South African Institute of Estate Agents, the SA Property Owners Association, (etc.). We propose interviews with residents be individual to capture life histories and collective in focus groups to garner some sort of consensus on neighbourhood and urban changes.
4. Budget
A. Hiring of a research assistant. We request money for a research assistant to work 8 hours/week (equivalent of one day) for the academic year (1999) to collect data and map areas and to collect archival and contemporary documents on areas. This budget request will require monies for hiring the student (typically here R25/hour x 8 =R200/week), for photocopying, extracting data, purchasing aerial photos, transport etc. We will come up with a detailed sum of these extras.
B. Funding for two missions:
- a 1 month trip to South Africa for Myriam Houssay-Holzschuch, summer 1999 (?), to meet Sue and Sophie, participate in the case studies and conduct some of the interviews.
- a 2-3 weeks stay in France for Sophie Olfield in Nov/Dec 1999. This would also provide an opportunity to structure the rest of the research strategy for 2000 -- specifically other case studies and their linkages, methods, connections to the pilot studiesand with the broader study within South Africa on territorial change and between SA and India (particularly with the metropolitan/segregation focus in the Indian research).
Projet 2 : La région capitale de Delhi
Chercheur : Véronique Dupont.
Chercheurs partenaires : Ivor Chipkin, Sue Parnell, Sophie Oldfield, Claire Bénit, Myriam Houssay-Holzschuch.
A cheval sur trois unités politiques (deux Etats, un Territoire) la mégapole de Delhi connaît une planification relativement efficace. Comment les acteurs (pouvoirs urbains, citadins, entreprises…) reprennent-ils à leur compte ou contournent-ils des plans d'aménagement qui souvent ignorent les territoires identitaires et l'histoire locale ?
Une partie des résultats du projet " La ville de Delhi et son évolution contemporaine ; dynamiques sociales et structuration spatiale dans une mégapole indienne " (ORSTOM-CSH) sera utilisée à des fins de comparaison avec les grandes agglomérations sud-africaines (Witwatersrand, le Cap).
THEME 3. Minorités et territoires
Projet 1a.
Projections de l’Inde sur l’Afrique.
L’image post-apartheid de l’Inde parmi les " Indiens " d’Afrique du Sud.
Chercheurs : Frédéric Landy, Brij Maharaj, Hélène Mainet.
Chercheurs partenaires : Loraine Kennedy, M.A. Kalam.
1. Un double enjeu :
On compte environ un million de Sud-Africains d’origine indienne, la plupart vivant au KwaZulu-Natal. Ils sont composés d’au moins deux groupes : les descendants des travailleurs sous contrat (indentured labourers) à demi asservis, le plus souvent hindous, qui débarquèrent entre 1860 et 1911 ; et les descendants des free passengers, généralement musulmans ou de caste marchande. Nombre de ces particularités culturelles ont cependant disparu, souligne-t-on souvent. C’est ainsi que la structure par caste se serait évanouie assez vite, en raison notamment de la diversité de provenance des migrants (la hiérarchie de caste étant régionale et non pan-indienne, elle ne pouvait se maintenir dans une population d’origine géographique si hétérogène). Quant aux différences entre hindous et musulmans, elles ont été affaiblies par la politique d’apartheid, dans un processus d’ " homogénéisation culturelle " fondateur du sentiment forcé d’appartenir à une même communauté. Ethnicité imposée ? Ethnicité assumée en tous cas, et le fait d’être considéré officiellement comme un groupe homogène aurait largement effacé bien des différences originelles liées à l’origine géographique, à la caste, la religion ou la classe sociale.
Effacement total ou enfouissement temporaire ? Aujourd’hui, des musulmans apprennent l’arabe et se détachent progressivement des hindous, eux-mêmes en train de profondément modifier leur capital social. La " communauté " indienne est-elle en cours de désintégration, la mise à bas des cloisons étanches de l’apartheid mettant en lumière sa profonde hétérogénéité interne ? Quelles sont ses nouvelles relations avec les autres groupes ethniques ? Autant de questions cruciales pour l’avenir de l’Afrique du Sud, mais qui ne sont pourtant pas en tant que telles le sujet de ce projet. On voudrait plutôt les croiser avec un thème de semblable importance, vu de l’Inde : la question des NRIs (Non Resident Indians), les Indiens de l’étranger.
Pour l’Inde en effet, une recherche tentant d’évaluer les relations des Indiens d’Afrique du Sud avec la patrie de leurs ancêtres a un enjeu évident. Il ne se passe guère de jour en Inde sans qu’un journal ne vienne rappeler l’importance des investissements des NRIs pour la croissance économique nationale et l’avenir de la libéralisation en cours. Le problème est que nul ne connaît le nombre de NRIs dans le monde (14 millions ?), et encore moins la nature de leurs liens avec l’Inde. Pour ceux établis en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis il y a vingt ou trente ans, les relations sont fortes sans conteste. Mais qu’en est-il de migrations plus que centenaires ? En 1996, aucun investissement direct étranger n’avait été réalisé en provenance de l’Afrique du Sud. Les progrès sont sans doute réels depuis lors avec la dissolution progressive de l’apartheid, mais ils restent sans aucun doute inférieurs aux espoirs des gouvernants indiens qui rêvaient de suivre l’exemple de la Chine et de sa diaspora.
Au total, on tentera d’évaluer la probabilité de trois évolutions possibles :
- la fin de l’apartheid rend les Indiens d’Afrique du Sud de plus en plus sud-africains et de moins en moins indiens, en les impliquant davantage dans la construction de la " nation arc-en-ciel ". Il ne faut donc pas s’attendre à une intensification des investissements en Inde, mais plutôt à un rayonnement dans le reste de l’Afrique du Sud, avec une extension des réseaux économiques ou familiaux. Cette dispersion à l’intérieur du pays, qui succéderait à l’actuelle concentration autour de Durban, témoignerait d’une meilleure intégration dans la société et l’espace nationaux - non sans quelques problèmes (concurrence avec les commerçants chinois dans certaines zones noires dont les Indiens avaient été exclus, par exemple) ;
- l’ " indianité " des Indiens diminue, mais plutôt en raison de l’intégration de certains de leurs sous-groupes dans de nouvelles structures identitaires sud-africaines (rapprochement avec certains groupes Coloured?) ou transnationales (Indiens musulmans et " identité arabe "). Là encore, l’impact sur les relations économiques avec l’Inde semble plutôt négatif ;
- l’ouverture de l’Afrique du Sud rend au contraire les Indiens plus proches de la terre de leurs aïeux. L’Inde était l’un des artisans du boycott du régime raciste, et de fait la nouvelle situation politique ne peut faciliter le développement des relations entre les deux pays et entre les populations. Les Indiens d’Afrique du Sud deviendraient alors plus indiens - sans nécessairement devenir moins sud-africains. Un regain d’intérêt pour l’Inde et ses opportunités économiques pourrait s’ensuivre.
2. Projections de l’Inde
Il est donc crucial de dessiner les cartes de l’Inde, images de la terre des ancêtres qu’ont pu garder en mémoire leurs descendants. Cette carte pourra se révéler fort précise et complète, ou bien limitée à la région d’origine du migrant... ou encore complètement vide. Notre hypothèse est que la diversité de ces cartes mentales est en partie explicable par les différentes origines indiennes des migrants.
On tentera donc de considérer la gamme des relations actuelles avec l’Inde selon deux facteurs : l’origine des individus ou des ménages (religion, lieu de naissance de l’ancêtre, langue, type de migration...), et leur situation présente (situation professionnelle, lieu de résidence, statut social, relations avec les autres groupes ethniques, degré d’intégration dans la nouvelle Afrique du Sud...).
Croiser ces deux facteurs devrait permettre de mettre en lumière sous un jour nouveau les différents types de relation avec l’Inde :
- relation nulle : on sait par exemple que les migrants à demi asservis ont perdu une grande part des liens qui les unissaient à l’Inde étant donné qu’ils n’avaient ni la possibilité économique de les garder, ni souvent la volonté de conserver un statut de caste parfois fort bas. L’Inde est cependant presque toujours restée un point de repère culturel.
- référence culturelle : ne reste-t-il qu’une relation d’ordre général et quelque peu brouillée avec la culture pan-indienne (cinéma), ou bien le lien se trouve-t-il ancré dans une culture propre à une caste, à une région, à une langue (hindi/tamoul/gujarati) ?
- relations de parenté : elles peuvent exister par le maintien de liens étroits (mariages intercontinentaux), de visites, ou de simple correspondance.
- investissements : réalisés dans la région indienne d’origine, ils désignent les structures de parenté comme un vecteur économique. Hors de la région d’origine, ils peuvent plutôt traduire l’" indianité " de l’investisseur, mais aussi le simple appât du gain dans un pays émergent.
Tagore, rappelle H.Tinker, chanta la grandeur de ce vaste banian dont la multiplication des troncs et des racines symbolise la diaspora indienne. Mais l’arbre a-t-il pu garder son tronc originel, ou bien est-il comme celui du Jardin Botanique de Calcutta, dont la forêt de la frondaison masque le vide de l’arbre central foudroyé, aujourd’hui disparu ?
RECHERCHE :
Travail bibliographique et entretiens dans les universités de Durban (U.N.D.) et de Durban-Westville (F.Landy). Prolongement du travail de doctorat, avec notamment l’exploitation d’une enquête déjà réalisée auprès d’écoliers indiens (H.Mainet).
Travail de terrain à Chatsworth et Phoenix (anciens townships indiens) et à Overport ou Clairwood (quartiers indiens plus anciens) : environ 200 entretiens seront menés avec des Indiens (résidents, commerçants, entrepreneurs...) sous une double forme, par questionnaire et discussion libre. Visites d’associations et institutions culturelles (G.O.P.I.O.), religieuses (Sai Baba) ou économiques (Chambre de Commerce) perpétuant les relations avec l’Inde.
BUDGET
- Mission d’un mois en 1999: billet d’avion Paris-Durban + frais de séjour 11000 F (obtenu)
assistant de recherche (2 semaines) 400 FF
- Invitation de B.Maharaj en France 20000 F (obtenu)
- Emploi d’un assistant (étudiant) pour compléter le travail de terrain (4 semaines) 800 FF
- Mission d’un mois en 2000 : billet d’avion Paris-Durban + frais de séjour 11 000 FF
- Mission d’un mois en 2000 : billet d’avion Paris-Inde + frais de séjour 11 000 FF
TOTAL 54 200 FF
THEME 3. Minorités et territoires
Projet 1b.
Caste, ethnicity and territoriality during the apartheid and post-apartheid period
Chercheurs : M.A. Kalam, Loraine Kennedy.
Chercheurs partenaires : Frédéric Landy, Brij Maharaj, Hélène Mainet.
In South Africa segregation of the colour kind was no doubt the most obvious and the most visible form of discrimination. However, in a particular group thus classified, say for instance, the South Asians, or to be more precise, the Indians, this very factor (of colour) also hid to a
large extent the other divisions or subgroups. The aspect of territorial exclusivity was responsible in bringing together, in a given physical locale, groups that were diverse in terms of caste and ethnicity, and moreover, who were used to the concept of living in segregated settlements in their erstwhile pre-migration settings. No doubt such forced living in the post-migration context did enable them to "come together" on occasions on joint platforms to exhibit
collective might and exert joint resistance in the face of racial discrimination and denial of basic human rights.
As co-sufferers the other non-whites, that is blacks and coloureds, too came together with the South Asians in their fight for survival during the apartheid regime. Class was suppressed to such an extent during the apartheid regime that in the context of all non-whites it did not appear to have any meaning at all. Territorial segregation saw to it that class merged to a great degree with colour and only colour had meaning in day-to-day life. Unfortunately, all other kinds of divisions and diversities among human groups can be hidden, and are indeed hidden, from an outsider except the divide of the colour kind. So while diversity of the regional, religious, linguistic and other kinds could be camouflaged, colour could not be. And once colour sets apart groups of people, economic standing or social class has no meaning. Racial discrimination in South Africa stood out as unique in comparison to similar situations in other parts of the world for having given official sanction and legal legitimacy to the practice of apartheid.
Today, that is, after the end of apartheid and the end of the official policy of racial discrimination and territorial segregation how does an "open" society function? Do Indians still have the same kind of "togetherness" between them (say between Hindus and Muslims) as they had under the apartheid regime? What sort of interaction do the Indians have with the blacks and coloureds in the changed context say on the political and economic front? An anthropological study of the above situation will throw ample light on the issues alluded to above.
Besides (see projet 3 below Changing Muslim identities in the Palar valley), a comparative study of a locale in India wherein similar research will be undertaken in terms of caste, ethnicity and territoriality in the present context in order to highlight the diachronic perspective and underline the changes, will go a long way in comparing not only the structures and institutions in the context of South Africa and India, but will also enable us to compare the way changes have occurred in the two societies.
THEME 3. Minorités et territoires
Projet 2. Les rédéfinitions territoriales et identitaires des communautés dites " coloured "
Chercheurs : Simon Bekker et François-Xavier Fauvelle.
Texte à inclure.
THEME 3. Minorités et territoires
Projet 3. Changing Muslim identities in the Palar valley (Tamil Nadu)
Chercheurs : Loraine Kennedy, M.A. Kalam, M.Suhail, Mlle Tanuja.
Chercheurs partenaires : Sophie Oldfield, Brij Maharaj, Anthony Christopher, Hélène Mainet.
There have been a number of far-reaching changes in the middle Palar Valley (Tamil Nadu) in the course of this century. These are evident in the economic sphere, notably the spectacular development of the leather industry, and in the social sphere. This research project will be concerned primarily with changes within the Muslim community, with special attention to the blurring distinction between Labbais and Deccanis, the two broad sub-groups.
Previously the main distinction between these two groups was linguistic: the Labbais’ mother tongue was Tamil, while ‘Deccani’ Muslims, as they came to be called, spoke Urdu as their mother tongue. As their name implies, the latter were people who came from areas north of Tamil Nadu. This linguistic difference has all but disappeared in the last 40-50 years as the Labbais have adopted Urdu as their mother tongue, a remarkable and very rapid achievement. This " ashrafization " corresponds to an extension of social and economic networks towards North India: as such it will be compared with the " arabization " of the Indian Muslims of South Africa.
Regarding other distinctions, while we know that as late as 1920s Deccanis and Labbais maintained separate Mosques, at least in some places in the district, this no longer seems to be the case. With respect to marriage between the two groups, it was not practiced earlier but this too is gradually being abandoned, at least to some extent. Occupational differences are also said to exist, although less than before. The exact situation in the different study towns* will need to be ascertained.
Broadly speaking, the aim of the research will be to trace this evolution. It will consist in identifying the different processes at work, the principal factors which have contributed to starting and maintaining them and the main actors involved. It will be necessary to reconstitute the distinctions that were prevailing earlier between Labbais and Deccanis, say at the beginning of the century. This will involve addressing the vast and largely undocumented question of the origins of the Muslim community in the region, the time of arrival and also the motives for settling there. Then will come the task of identifying the turning points, specific events in some cases, that were determinant in this process. Finally, an account of the current situation in the study towns with respect to these issues will need to be established.
In particular, the issue of identity will be dealt from an outside perspective, by asking non-Muslims about their perception of the Muslim groups. Do Hindus see any difference between Labbais and Deccanis, or (most probably) do they consider them as a single group? More generally, a survey at the outskirts of the towns will consider the feelings of the villagers regarding leather industry / Muslims / urban growth: to which extent are these three issues considered as interlinked? Is the town considered as a threat for agricultural land or for water purity, with distrust at the Muslim industrialists? Or is it rather considered as a boon thanks to the growth of marketing agricultural products, lucrative sales of lands, and new economic and cultural opportunities?
BUDGET : to be defined.
THEME 3. " Minorités " et territoires
Projet 4. Community and regional identities and social relations of production in traditional handicraft industries - Case studies from Avadh and Rohilkhand (Uttar Pradesh).
Chercheur : Atiya Habeeb.
Chercheurs partenaires : Simon Bekker, Anthony Christopher, Sophie Oldfield, Loraine Kennedy.
Avadh and Rohilkhand emerged as two important regions in north India when the Mughal empire began to crumble at the beginning of the eighteenth century. These were developed regions where a monetised open peasant economy was linked with the urban economy, local handicraft production had been elevated to the artisan- factory level and entrepreneurial activity was visible and thriving in towns. The prosperous landed and commercial classes sought new power equations and the relationship between the Mughals and their subordinates were redefined. In this battle of hegemony many a times new groups emerging from the village society superseded Mughal nobility. When the dust from the battles for power subsided in the mid-eighteenth century Lucknow, Faizabad, Jaunpur, Rampur, Bareilly, Moradabad emerged as important cities in the two regions with their distinct socio-cultural milieu, lifestyles, cuisineand specialization in handicraft production Several varieties of the same consumption goods, from useful necessities to useless luxuries, were produced in the cities and towns of these regions and each of these had a thriving market. The chikan embroidery and perfumes of Lucknow, the brass work of Morababad, the wood work of Sitapur and the glass bangle industry of Firozabad were developed in this period are still the pride of these towns with responsive markets.
Involved in the production and distribution process of these industries were the two dominant religious communities of this region, namely the Hindus and the Muslims. Traditionally the Muslims devoted themselves to the production processes and left the distribution and sale of their products to the Hindu business communities. These two communities, to begin with, did not create two worlds within the city but coexisted, layer upon layer superimposed on a certain clockwork of time. The cities too nurtured their traditions and moved on, their craft industries going through the usual upswing-downswing phases in development throughout the nineteenth and early twentieth century.
The layered existence of the two communities and their composite culture received a setback when the country was divided into two parts on the basis of religion on the eve of independence. There were riots and population displacement, many a Muslim family migrated to the newly created Pakistan and hordes of Hindu refugees came to north India in search of shelter and a livelihood. The state of Uttar Pradesh which had the natural resource base for the development of modern peasant agriculture and agro-based industry could not muster the politico-economic prerequisites for such development. There were no land reforms and a semi- feudal superstructure was allowed to dominate development imperatives. The rural poor became poorer and the richer zamindars lost much of their priviledged position after the abolition of zamindari. Rural areas stagnated and the depression percolated to the cities. Urban employment opportunities were restricted to government jobs and to obtain them one needed not only degrees but also the right contacts. Urban handicraft industries gradually withered as they lost patronage and their market.
Shrinking opportunities, growing frustration and impoverishment began to erode the social relations between communities as now there were many hands trying to snatch resources which were few. Urban land also gradually became dearer and real state a full fledged business. It was profitable to stage a riot and oust old industries and weaker communities from prime lands in the center of cities. Moreover, in a situation where capitalists belonged to one religious community and workers to the other, any effort to wring benefits through further exploitation or any effort at resistance lead to direct confrontation. The religious riots gradually acquired an economic motive. After the confrontation subsided cleavages and distrust remained. Politicians sometimes fanned discontent and tried to win their votes from religious platforms. As post-independence decades passed some cities in the historically evolved cultural regions of Avadh and Rohilkhand, which were known for their Hindu-Muslim brotherhood and composite culture became venues of repeated riots. The situation has gradually become endemic.
Moradabad, the centre of the brass industry and Firozabad, the centre of the glass industry has seen some of the worst Hindu-Muslim riots in India. Riots in these cities cannot be explained as machinations of the politicians alone but are definitely rooted in the social relations of production and distribution in the leading industries of these cities. Lucknow also has not been spared in recent years. It is, therefore, important to take these three cities as case studies and,
i) analyse the contours of the social relations of production in the traditional handicraft industries as they have evolved and changed over time;
ii) identify the causes and the consequences of the re-organization of the networks in the production and distribution systems operative in these industries; and,
iii) decipher the impact of the riot induced cleavages on communities and on urban spatial organization.
BUDGET:
1.Research assistance FF. 8,000 ( eight months)
2.Field work FF. 8,000
3.Research material FF. 3,000 (Photocopying , library work etc.)
4. Contingent expenses FF. 1,000 (Typing, stationary etc.)
TOTAL FF. 20,000
Quelques publications des deux responsables du projet durant les 4 dernières années :
Philippe Gervais-Lambony
— " Espaces et identités dans la nouvelle Afrique du Sud, deux reconstructions parallèles " in Géographie et Cultures, numéro spécial Espaces et identités en Afrique du Sud, dirigé par Philippe Gervais-Lambony, à paraître décembre 1998.
— " L'Afrique du Sud, nouveaux découpages, nouvelle géographie ? ", in l'Espace géographique, numéro spécial sur l'Afrique du Sud, dirigé par B. Antheaume, P. Gervais-Lambony et A. Christopher, à paraître novembre 1998.
— Enjeux urbains d'Afrique australe, P. Gervais-Lambony, S. Jaglin, A. Mabin (éds), Karthala, à paraître octobre 1998.
— L'Afrique du Sud et les états voisins, Armand Colin, Paris, 1997, 240 pages.
— " Les villes d'Afrique du Sud : gestion de l'héritage et recomposition de l'espace " in Hérodote, n°82-83, La nouvelle Afrique du Sud, 3ème et 4ème trimestres 1996, pp. 41-60.
— Regards croisés : Afrique noire — Europe de l'Est. Pour une confrontation des mutations contemporaines, sous la direction de Frédéric Dufaux et Philippe Gervais-Lambony, Karthala, Paris, 1994, 183 pages.
— De Lomé à Harare : le fait citadin, Karthala-IFRA, Paris, 1994, 479 pages.
Frédéric Landy
— " Rationalités et objectifs des exploitations paysannes : un exemple en Inde du Sud ", Revue Tiers Monde, 153, jan-mars 1998, pp.189-210.
— (avec B.Dorin) à paraître, La politique alimentaire de l’Inde, Economica, Cyclope poche.
— " Réforme agraire et "Révolution verte" : l'impossible synthèse indienne ", Cahiers Agriculture, vol.5 n°4, 1996, pp.271-282.
— (avec Steven A. Heinrich) " Le barbier et ses clients : usages diversifiés des codes culturels et permanence de l'Inde ", Etudes rurales, n°137, jan-mars 1995, pp.7-22.
— Paysans de l'Inde du Sud. Le choix et la contrainte, Karthala-Institut Français de Pondichéry, 1994, 491 p.
— " Migrations et enracinement dans le Maidan ", in J.L. Racine éd., Les attaches de l'homme. Enracinement paysan et logiques migratoires en Inde du Sud, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme-Institut Français de Pondichéry, 1994, pp.79-141 p.
— " Campagnes et villes de l'Inde: deux cultures si antagonistes? ", Cahiers des Sciences Humaines, n°2-3, vol 29, Mobilité spatiale et urbanisation, ORSTOM, 1993, pp.313-332.